Les vaches nous parlent

Quand on est choqué par quoi que ce soit, quoi que ce soit qui existe, c’est qu’on est ignorant ; qu’on s’est fait sa petite idée du monde mais qu’on n’y connait rien finalement au monde ; qu’on n’y a rien compris ; qu’on n’est pas allé voir ailleurs, pas même dans ce qui relie sa tête à son slip. Alors on s’étonne tout fraîchement du mouvement des choses, de la vérité vraie et crue, seule et unique, car non, il n’y en a pas d’autres. Il n’y en a d’autres, des vérités relatives à foison, que pour le penseur philosophe qui, se branlant avec méthode, jouit dans les édredons soyeux de stimulants paradoxes. Oui on s’étonne tout fraichement du duvet de ses bonnes joues roses de nombriliste, satisfait de ses petites croyances. On s’étonne de la nature humaine, de la nature tout court, comme un gros benêt débile, comme une grosse vache persuadée d’entrer dans du 36, comme un trou du cul se gaussant, s’indignant, se contractant, se relâchant selon les spasmes de son ego gonflé d’air. À ce point benêt, à ce point grosse vache, à se point trou du cul, à ce point satisfait, à ce point indigné, à ce point satisfait de son indignation toute fraîche et neuve, que jamais l’idée n’est venue trainer dans les parages de son esprit, d’aller voir ce qui peut bien se passer derrière sa caboche de demeuré du monde social.
Va ! Va écouter. Plus près, je te dis. Va entendre tes envies débordantes de violer tout ce qui bouge, de te faire mettre à tour de queues, de sodomiser les gosses, d’occire tes rivales, de massacrer tes rivaux. Après, peut-être qu’on en reparlera de ta vison du monde. Parce que tu as une vison, oui ; tu as une morale bien à toi, bien commune ; une morale à base d’évidence, qui ne devrait quand même pas, qui ne comprends pas pourquoi, qui s’insurge de, qui trouve indigne qu’on. Et puis si tu ne l’es pas trop, con, tu pourras en faire quelque chose d’un peu mieux, d’un peu plus rigolo ou joli de ton indignation de grand mature réflexif. Tu pourras inventer quelque chose, toi qui n’a pas la faiblesse primitive de passer à l’acte. Tu pourras transcender ; tu pourras enfin l’ouvrir en grand et pas que sur BFMTV. Le doute c’est bien aussi, c’est vrai. Mais ça se visite comme un paysage, le doute. Faut pas en faire sa monture, surtout pas ; ça n’a pas les reins bien solides par définition, le doute. Ça se visite, oui ; ça se traverse mais ça ne s’enfourche pas ; ce n’est pas sur son dos que l’on galope. Après tout, ce n’est pas sa voiture dont on admire le panorama en y accédant à cheval sur une colline verdoyante, non ? Tu sais souvent, c’est l’inverse qu’il faut faire.

 

Le viol c'est la vie